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13/02/2011

Fossé Nord - Sud : Et la Morel dans tout ca ?

3761650_RedacSel1_nim110212more025_jpg_0LGIEEEC.JPGUn Bart De Wever les yeux rougis et en larmes aux obsèques de Marie-Rose Morel. C'est l'image politique du week-end. Une illustration de la différence entre la vision politique et médiatique du nord du pays et celle du sud.

Pourquoi Bart De Wever pleure t-il sur cette photo ?

A: Parce qu'un référendum national a décidé de la non-scission du pays et de BHV

B: Parce qu'il vient de se prendre une "taule" dans les sondages.

C: Parce que son médecin lui a dit qu'il fallait arrêter de manger des frites.

D: Parce qu'il a perdu la finale de l'Allerslimste mens ter wereld contre un humoriste flamand se produisant en Wallonie (ndrl : Bert Kruismans).

Aucune des quatre réponses ! Ce qui rend l'homme le plus populaire de flandre si triste, c'est le décès de Marie-Rose Morel ? Marie-Rose qui ? Un tel patronyme serait-il celui d'une francophone ? Rien de tout ca. Ancienne reine de beauté (elle fut élue Miss Flandre en 1993),  elle fut lancée en politique par De Wever avant de devenir élue du Vlaams Belang. Mère de deux enfants, la jeune femme (38 ans) n’a pas vaincu le cancer de l'utérus contre lequel elle luttait depuis deux ans. Sa lutte contre la maladie a beaucoup ému les flamands.

Ce vendredi, l’annonce du décès de l'égérie de l'extrême droite flamande faisait d'ailleurs les gros titres des quotidiens du nord du pays tandis que la presse francophone relayait l'information dans des petits articles en pages intérieures. Ce samedi, ils étaient près de 2.500 à se rassembler devant la cathédrale d'Anvers pour lui rendre un dernier hommage. Un petit fait qui, mine de rien, en dit long sur la "fracture communautaire" actuelle.

Deux opinions publiques, deux paysages médiatiques...

Marie-Rose Morel était une nationaliste flamande convaincue et très dure envers l'immigration. Un extrémisme "soft" qui ne dérangeait pas l'opinion publique flamande. Si de tels individus défendant des valeurs plus ou moins identiques existent aussi en Wallonie et à Bruxelles, aucun d'eux ne s'érige néanmoins en porte-drapeau "people" de ce type d'idées.

Cette "pipolisation" de la politique est d'ailleurs moins présente (on a pas dit absente) dans le sud du pays. Depuis les années 90, le phénomène des "bekende Vlamingen" (Flamands connus) s'est répandu dans tous les milieux de la société flamande : sport, musique, télévision, miss… La participation de responsables politiques aux jeux et autres télé-réalités (l'exemple le plus récent étant Bart De Wever à De Allerslimste mens ter wereld) a amplifié le mouvement. Marie-Rose Morel s'inscrivait parfaitement dans ce mouvement. Ancienne Miss, elle a accompli ses premiers faits d'armes pour pour la N-VA avant de rallier le Vlaams Blok (devenu Belang) un an plus tard. Là-bas, elle retrouvait l'ancienne Miss Belgique Anke Vandermeersch et permettait au parti de Filip De Winter de "soigner" son image et de la rendre plus "sexy". Incontournable au Nord, la députée du Parlement flamand ne jouissait pas de la même notoriété du côté francophone, d’où l’intérêt plus mesuré des médias.

Une autre différence entre nos deux paysages médiatiques réside dans le "cordon sanitaire". Celui-ci est une réalité en communauté française alors qu'il a disparu depuis longtemps en Flandre. Il faut dire, qu'au début des années 2000 face aux scores importants du Vlaams Blok, les médias flamands n'ont pas vraiment eu d'autres choix que prendre en considération ce parti (C'est bien plus facile de maintenir un cordon sanitaire avec un FN obtenant des scores risibles). Maintenant, on peut reprocher à certains d'entre-eux (en particulier la VRT où travaillait à l'époque un certain Siegfried Bracke) d'avoir déroulé un tapis rouge médiatique à l'extrême droite. Cela explique donc l'intérêt portée aujourd'hui à une personnalité comme Marie-Rose Morel. Même si l'on doit apporter une petite nuance. C'est surtout son rôle de "Yoko Ono" dans la séparation du clan Vanhecke (le président de l'époque avec qui elle s'est mariée le 8 janvier dernier) du clan Dewinter – Annemans à la tête du Vlaams Belang qui lui a valu sa popularité.  Elle a reproché l’autoritarisme des deux derniers cités, figures historiques du parti. Tout en restant une adepte de ces thèses, elle aura quelque part contribué à l’affaiblissement de l’extrême droite flamande lors des dernières élections. Marie-Rose Morel, avec Frank Vanhecke dans la foulée, quittera d'ailleurs le parti peu après le scrutin du 13 juin.

Quand vie privée et vie publique se mêlent

C’est une des autres différences entre le Nord et le sud : la presse flamande est plus agressive et corrosive parfois mais elle a aussi levé de nombreux tabous. Ainsi, la vie privée et la vie publique des responsables politiques ne fait désormais plus qu'un. La « mise en scène » de la fin de vie de Marie-Rose Morel n’a pas d’équivalent du côté francophone. La politicienne publiait régulièrement des chroniques dans les journaux et commentait sa vie avec la maladie sur son site internet. Son décès a lui été annoncée rapidement… via Twitter. Mais, c'était son droit de rendre publique le quotidien de son cancer et d'apporter par son témoignage un "soutien" à des personnes souffrant de la même maladie. Personne n'a le droit de juger et critiquer cela. Ce qui est plus dérangeant, c'est la façon dont les médias ont, de façon "voyeuriste",  exploité  la saga en faisant les gros titres et en édulcorant les idées peu démocratiques de la politicienne. Mais en Flandre, la vie privée et la vie publique se donnent souvent la main et l'émotionnel prend souvent le pas sur les idées. Pour répondre aux attentes de son public finalement.